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54 marches, deuxième partie

La nuit était maintenant avancée. Un peu plus de 2h du matin et Léo ne pouvait fermer l'oeil. Depuis sa tentative ratée pour sortir de la résidence - voir 54 marches partie 1 - il luttait contre l'envie de hurler.

Il scruta la chambre, conscient de changements subtils. Ils avaient dû se produire pendant sa 'longue sieste' dans le hall. Des objets avaient été déplacés, d'autres remplacés. Arrivé tard la veille, il n'avait pas prêté attention à la décoration.

Au départ, elle semblait neutre. Maintenant, elle paraissait plus… reposante. Ses doutes lui martelaient la tête, mais il était certain de ce qu'il avait vu en bas. Ses dix années passées comme développeur à Paris n'avaient pas suffi à effacer les mots de sa grand-mère.

« Si tu vois des traces de pas sur le plafond, dis-toi que quelqu'un les y a laissé. Que ce soit avec un instrument pour te faire une blague ou en y marchant, quelqu'un a laissé ces traces".

Aussi étrange que cela paraisse, ce qu'il avait aperçu était réel. Cette conviction ne le lâchait pas. Il se leva pour s'aérer sur le balcon. Sa main se tendit vers la poignée, puis s'immobilisa.

« Est-ce que je pourrai sortir ?"

Il n'avait pas réussi à aller dehors mais le balcon restait dans l'hôtel alors il tourna la poignée. La porte s'ouvrit sur un panorama étendu. La ville de Douala, lumineuse sur certains points et totalement obscure sur d'autres. La mémoire des délestages le fit sourire. Peut-être pour la première fois en plus de 24 heures.

Il se mit à observer les murs de la résidence, s'imaginant escalader la façade pour descendre. Bien sûr, ça ne pouvait que mal finir. Son regard remonta le long du mur et s’arrêta sur une jeune femme qui, sur le balcon d’à côté, observait elle aussi la ville.

citation 54 maarches

Je ne suis pas seul

« Bonjour ! » lança Léo, sa voix résonnant dans le silence.

La jeune femme sursauta, comme réveillée d'un cauchemar. Elle regarda Léo, et ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

— Une nouvelle tête, vous êtes là depuis longtemps ?

— Oh oui, depuis hier soir, répondit Léo. Même si j'ai l'impression que ça fait plus longtemps.

Il essayait de sourire face à un visage plus humain, mais le regard de sa voisine se fit plus sérieux quand il ajouta en murmurant "surtout quand tu n'peux pas sortir".

— Vous aussi vous avez essayé ? demanda-t-elle, sa voix baissant d'un ton.

— Essayé quoi ?

— Je m'appelle Chloé. Je suis là depuis... plus longtemps.

— Vraiment ? Alors vous pouvez peut-être me dire ce qui se passe ici. Entre les escaliers qui ne restent pas en place et le décalage ou... la tête des employés. C'est la sorcellerie ou quoi ?

Léo se mit à rire nerveusement. Chloé, elle, avait l'air horrifié "On est très bien ici ! L'hôtel est impeccable, le personnel est aimable. Il faut juste en profiter." Elle se mit à parler d'un ton enjoué, comme une actrice récitant un rôle qu'elle avait déjà joué mille fois. Mais Léo remarqua un léger tremblement dans sa main.

« Non, ce n'est pas normal, Chloé," insista Léo. "Cet immeuble… il est bizarre. »

Il ne faut pas le dire

Le sourire de Chloé s'effaça. Une peur profonde émergea. Elle regarda de tous les côtés, comme quand on a peur d'être surpris par un parent ou un prof. "Il est tard," murmura-t-elle. "Je dois y aller." Elle se précipita à l'intérieur de son appartement, claquant la porte derrière elle.

« Chloé ! » appela Léo.

Une voix rauque s'éleva alors de l'appartement en dessous du sien. "Tu as l'air intelligent mais tu n'a pas appris à faites attention à ce que tu dis ! Les murs ont des oreilles ici. Profite de l'endroit, c'est ce qu'ils aiment." Le voisin s'enfonça aussitôt à l'intérieur de sa chambre.

Léo resta figé sur son balcon. Un grincement se fit entendre, un bruit sec et sinistre, comme des griffes raclant le béton. Le son venait d'en dessous mais aussi des côtés, comme si quelque chose grimpait le long de la façade.

Son instinct lui hurla de se mettre à l'abri. Il se replia rapidement à l'intérieur de son appartement, la gorge sèche. Il sentait une présence, une ombre menaçante qui s'approchait. Il se força à rester calme, à respirer lentement, se remémorant les mots de ses voisins : la menace venait du fait qu'il avait critiqué la résidence. Il devait concentrer ses pensées.

Léo se refusa à regarder vers le balcon, là où se tenait une ombre inquiétante.

Il regarda autour de lui. Les meubles, la décoration, les tableaux… tout avait été choisi avec un goût impeccable, un style qui lui rappelait étrangement son appartement à Paris. Cette pensée commençait à l'apaiser. La lumière de son appartement passa de cette lueur blanchâtre à une couleur plus chaude. Le décor était comme une réplique de sa résidence. Ce n'était pas une copie, mais une sorte de représentation des choses qu'il appréciait, comme un souvenir réconfortant.

Il se concentra sur ses sensations. Le visage bizarre et les marches furtives s'estompèrent. Derrière porte vitrée du balcon, l'ombre se dissipa, et le calme revint. L'immeuble était à la fois un refuge et une prison, une promesse de sécurité pour ceux qui acceptaient ses règles, une menace pour ceux qui cherchaient à s'échapper. Léo venait de comprendre.

Le jeu était simple : ne pas faire de vagues, et faire semblant que tout est normal.

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