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Hotel Bibinga : Chapitre 2 – Dès le premier jour dans la chambre 303
« Premier jour et il y a un mort ». Seung-Hee préféra ignorer la remarque de Mr Koh.

La ville sortait doucement de la nuit, et dans l'hôtel seuls quelques privilégiés étaient au courant de la tragédie. Combien de temps faudrait-il pour que les premières rumeurs soient relayées ?

Le premier jour

Seulement dix minutes après la découverte macabre de la chambre 303, Akina appela le coordonnateur puis le directeur au sujet de la découverte. Ce dernier prévint Akina de ne rien toucher et de ne le dire à personne d'autres. Ils ne voulaient pas rester là alors chacun descendit les marches, réfugié dans ses pensées.

M. Mvina le directeur général ainsi que le coordonnateur Mr Koh arrivèrent une heure plus tard à quelques minutes d'intervalle.

Tandis que le coordonnateur affichait un style décontracté éloigné du look soigné qu'il arborait au travail, Mvina était arrivé en costume cravate. Son ventre habillement emballé dans une chemise blanche était courageusement soutenu par une ceinture noire. A croire qu'il dormait avec cette tenue.

Au bas de l'escalier, les nouveaux venus avaient écouté l'histoire de Seung-Hee et d'Akina avec des yeux écarquillés. Ils se relayaient et vérifier leurs dires en se consultant sans rien dire. A s'imaginer la tête qu'ils auraient faite si on leur avait parler de l'apparition verdâtre, les deux témoins avaient choisi plus tôt de garder cette information pour eux.

Quelques employés curieux faisaient de curieux allers-retours. Mais le regard plissé et les généreuses lèvres pincées du coordonnateur suffisaient à leur faire rebrousser chemin.

— Vous n'allez pas jeter un œil ? Je suis nouveau ici et j'ai eu l'impression qu'il ne prenaient pas Mlle Seng au sérieux.
— Les cadavres et moi ça fait deux. Même aux veillées je ne regarde pas.
— Il faut que quelqu'un appelle la police. Ca ne peut être ni moi ni monsieur Park.
— Pour leur dire quoi ?
— Je vais les appeler. Il vaut mieux passer par quelqu'un qu'on connaît.

Le directeur général se chargea donc de les appeler après avoir discuté avec son "ami le Commissaire". Il s'éloigna vers l'ascenseur d'un pas mesuré. Le coordonnateur se contenta de l'observer sans bouger de là. Les bras croisés, son un mètre quatre-vingt et des veines qui saillaient sur sa tempe, fixait du regard l'escalier vers le troisième.

Deux autres employés surgirent au à la sortie du deuxième escalier ce qui détourna son attention vers un problème qu'il pouvait gérer.

« Je ne veux voir personne ici. Il n'y a aucune chambre occupée à cet étage. Et si quelqu'un ouvre sa bouche...» il compléta sa phrase avec un sourire qui découvrit toutes ses dents. Tout le monde avait compris. Mais combien de temps cette menace sourde tiendrait ?

« Premier jour et il y a un mort ». Seung-Hee préféra ignorer la remarque de Mr Koh. Le quadragénaire avait été choisi par son cousin comme coordonnateur. Il ne pouvait attendre aucun soutien de sa part. Mais Seung-Hee prit conscience qu'il s'adressait à Akina. Elle était jusque là en retrait. Il avait supposé qu'elle s'était éclipsée.

La jeune femme leva la tête vers Koh qui se contenta de hausser les épaules. Seung-Hee ne pouvait voir que son dos. Il se sentit isolé. Il savait qu'il serait seul ; il l'avait toujours été dans sa famille. Là il devrait affronter une crise dès le départ avec une équipe contre lui et un cadavre. Sans parler de l'autre dont il préférait pour l'instant éviter de se souvenir.

Seung-Hee en avait mal à la tête. Il était épuisé et son torse ruisselait de sueurs. Il devait passer dans son bureau se rafraîchir un peu. Deux heures plus tard, Mvina accueillait tout sourire un officier de police qui venait d'arriver. Il avait pris l'entrée de service accompagné de trois autres policiers.

Laissez-passer, c'est la police

Officiellement la police avait été appelée pour procéder à l'identification d'un représentant sud-coréen mort d'une crise cardiaque dans une chambre. C'est comme ça qu'on lui avait présenté l'affaire à Njok Gregory.

Il avait été tiré de son lit à minuit passé pour se rendre à cet hôtel avec un groupe de policiers de garde ce jour. Il avait l'habitude de faire des descentes avec eux alors ils s'étaient amusés sur les raisons de cette sortie nocturne. Ils savaient qu'on leur offrirait "la collation", c'était déjà bien.

Officier de police depuis dix ans, Gregory savait que l'histoire était moins simple que ce qu'on voulait lui faire croire. C'était une de ces affaires sur lesquelles il faut suivre le courant. Il avait déjà couvert des embrouilles avec des commerçants chinois et des volontaires européens ou des hommes d'affaires américains. Pour la Corée serait une première.

Njock, était tout de même agacé par la pression doucereuse de Mvina, lui rappelant de ne pas faire trop de vagues sur cette histoire. Ils retrouvèrent Koh qui n'avait pas bougé de son point d'observation, puis donna rapidement quelques ordres et ses hommes le précédèrent à l'étage.

— Qui a découvert le corps ?
— Deux employés se trouvaient sur les lieux pour travailler.
— J'espère que vous les payez bien.
— Nous prenons soin de ceux qui travaillent pour nous.
— Humm. Je peux leur parler ?
— Pour quoi faire ?
— Pour m'assurer que les versions ne soient pas… discordantes.

Mvina roula vers l'officier un regard complice. Malgré son insistance à assister à l'échange, il dût se résoudre à indiquer le bureau de Seung-Hee à l'officier.

Le bureau était une pièce magnifiquement décorée. Mobilier de bois et de métal, moquette et papier peint jouait sur des teintes de rouge et de bronze, avec quelques touches de couleur. Seung-Hee avait fait envoyé une partie de ses affaires avec des indications pour l'agencement. La baie vitrée offrait une vue imprenable sur le port de Douala et l'embouchure du Wouri. Mais il ne pouvait pas encore en profiter.

Lavé et changé, il faisait les cent pas en tripotant les pages du dernier rapport de maintenance du 4e étage où avait eu lieu… la mort inexpliquée.

Akina, assise en face du bureau, griffonnait avec une concentration qui le fascinait. Elle avait troqué sa tenue de la veille contre un tailleur parme simple. Ses cheveux étaient dissimulés sous un foulard noir. Ses jambes se croisaient et se décroisaient avec un léger bruit de frottement du tissu. Aucun d'eux n'avait parlé de l'apparition.

Ils restaient là, ensemble, parce qu'on leur avait demandé d'attendre au cas où la police devait leur parler.

— Comment ça se passe avec la police dans ce pays ?
— Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
— Je sais comment gérer la police chez moi, et dans d'autres pays, mais je n'ai pas une expérience du Cameroun.
...
— Je dirais qu'il vaut mieux les laisser parler d'abord pour comprendre la tendance.
— La tendance ?
— Monsieur Mvina a dit qu'il appellerait son ami. On saura notre position en fonction de son comportement à notre égard.

Comme un mouvement millimétré, on frappa à la porte. Akina se redressa toute droite avant de parler Vous pouvez entrer.

La lourde porte matelassée s'ouvrit sur une homme dans la quarantaine, le crâne rasé et le menton nu. Il portait son uniforme vert kaki et bottes de cuir noir. Le nouveau venu porta son regard vers Seung-Hee puis elle. Il referma la porte sans regarder en arrière et resta planté là.

« C'est vous qui avez tué le gars en haut ? »

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