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Amaya & le carnet du Botaniste chapitre 1 : Quand le tonnerre gronde
Amaya la chasseuse de reliques a bien du mal à trouver du repos après sa dernière mission.

Le vent et la pluie fouettaient les vitres de l'Auberge Belle Épée. Dehors, les ruelles inondées obligeraient certains habitants à passer la nuit à écoper. Dans sa chambre réchauffée, Amaya sentait encore le goût âpre de la poussière et l'odeur persistante du métal froid.

Le tumulte à l'extérieur n'avait aucune prise sur la jeune femme. Allongée sur le lit, elle jonglait avec une petite balle de mousse qui passait entre ses doigt agiles. Elle n'avait dormi que quatre heures depuis qu'elle avait réussi à s'extirper de cette grotte plus qu'inhospitalière.

Pourtant, le sommeil se refusait à lui rendre visite. Cette dernière mission n'avait rien de spécial mais elle avait faillit y laisser plus qu'une monture pour échapper à ses assaillants.

En tant que Maraudeuse, il n’était pas rare que les missions impliquent un affrontement. Mais elle avait eu se défendre contre les siens. Cinq maraudeurs mandatés par un quelconque client pour trouver la même chose qu'elle. Ils représentaient une menace plus importante qu'une dizaine de gardes de la cité royale d'Arcania.

C'est d'ailleurs pour cela qu'on faisait appel à eux. Ils étaient arrivés juste après elle à la grotte où était caché l'artefact. Alors, bien sûr ils avaient essayé de le lui piquer. Le premier arrivé n'avait jamais eu d'intérêt pour eux.

Au final, c’était amusant... et gratifiant. Elle rapportait un artefact très convoité, son client lui donnerait une jolie somme et elle pourrait faire des cadeaux à son petit frère dès son retour.

Enfin, ce ne serait pas avant deux ou trois jours, le temps d’être suffisamment remise. Elle portait une longue entaille à l'épaule qu'il avait fallu dissimuler en entrant à l'auberge. L'épais manteau de laine et de cuir qu'elle portait pesait une tonne sur ses épaules, appuyant sur sa plaie mal suturée. Après avoir monté péniblement les escaliers pour s'isoler dans sa chambre, elle s'était allongée sur le lit pour laisser l'onguent agir.

« Les médecin-mages de la capitale te coûteraient sûrement toute ta prime.» se moqua-t-elle. « Tu vas devoir guérir naturellement ma pauv’ ».

Encore faut-il être à l'aise pour cela. Dire qu'elle avait réussi à dormir dans la cariole dans laquelle elle s'était dissimulée pour entrer dans la ville fortifiée mais qu'elle ne pouvait pas dormir ici.

Si l'endroit était connu pour avoir la meilleure table des bas quartiers ils devaient encore se revoir sur l'hébergement. La literie, sèche et rêche, lui grattait la peau. Mais au moins la chambre était propre et parfaitement isolée.

Douloureusement, Amaya tentait de positionner ses jambes entravées dans une large culotte de laine quand un bruit à la fenêtre attira son attention. La pièce n'était éclairée que par les lumières de l'extérieur et les brusques éclairs qui traversaient le ciel. Personne n'aurait escaladé un mur de pierres lisses par un temps pareil. Ou se serait au moins abstenu de frapper.

Mais il ne s'agissait pas d'une personne à sa fenêtre mais d'un volatile. Un oiseau qui bravait l'orage et donnait de petits coups de bec sur la vitre déjà malmenée. Une espèce étrange à plumes vertes et à la collerette dorée qui dandinait de la tête sans la quitter des yeux. Visiblement le temps avait peu d'emprise sur lui.

Amaya fronça les sourcils ; dans la pénombre, une lueur s'alluma au fond de son regard vert quand elle comprit : un oiseau créé par la magie. Une magie qu'elle reconnaissait parfaitement. Alors, avec un mouvement de ses jambes, elle sortit du lit sans solliciter ses bras pour ouvrir la fenêtre.

La pluie était encore violente et elle grimaça à l'idée de se prendre une claque glacée une fois qu'elle aurait ouvert la fenêtre mais elle n'eut pas à le faire. Au moment où elle posait la main sur le loquet, l'oiseau traversa la fenêtre, puis vint se percher sur son épaule blessée pour jouer avec ses cheveux gris argent.

« Et moi qui me suis levée pour t'ouvrir. »

Ses doigts caressèrent la tête de l'oiseau, une invocation complexe renfermant plusieurs sorts. Alors qu'elle se demandait pourquoi il lui avait envoyé ce messager, Amaya sentit presque aussitôt le changement. La sensation de brûlure diminua emportant lentement la douleur avec elle. En moins d'une minute sa douleur et sa fatigue s'étaient envolés.

Tout de suite après, l'oiseau s'e déplaça s'envola sans un bruit pour se poser sur la table en bois près de la fenêtre. Il observait la pièce avec toujours ce curieux mouvement de tête. Amaya sourit en portant sa main sur son épaule. Ses doigts massèrent la zone où se trouvait la blessure il y a quelques minutes à peine. Plus rien, même pas le relief d'une cicatrice sur sa peau cuivrée : la blessure s’était totalement résorbée.

« Toi, tu peux dire à môsieur le Duc que je le suis reconnaissante » lança-t-elle avec une pointe de moquerie dont elle savait qu'il ne lui tiendrait pas rigueur. Depuis trois ans qu'elle travaillait parfois pour lui, il était toujours resté imperturbable face à ses boutades et son attitude.

L’oiseau, lui, la regardait sans son balancement de tête. Il cala ses ailes et se mit à gonfler ses joues, s’apprêtant à régurgiter quelque chose sous le regard dégoûté de la jeune femme. Heureusement c'est autre chose qu'il expulsa : un tube translucide contenant une petite pierre verte.

« On dirait que je suis convoquée. Bien sûr, il ne fait jamais rien pour rien. »

Ses doigts se saisirent du tube pour en extraire la pierre verte, lisse et étrangement tiède. Elle la porta à son oreille gauche avec la routine de qui connaît déjà le rituel. Au contact de son lobe, la pierre se mit à vibrer, puis fondit en une brume immatérielle qui pénétra son conduit auditif.

Un silence nouveau s'établit alors en elle, étouffant les bruits de la tempête. Ce n'était pas un son, mais une vibration qui contournait ses tympans pour naître directement au centre de son crâne. Devant son regard intérieur, un épais brouillard vert se forma, semblable à de la soie liquide. Ce n'était pas des mots, mais des idées qui émergeaient et se densifiaient, prenant la forme d'images-symboles :

Une rose de granit grise, sculptée au flanc d'une falaise. Le croissant de lune pâle se reflétant dans l'eau d'une fontaine. Une représentation qui ne s'adressait qu'à elle : un lieu, une date et une heure.

L'information s'incrusta dans sa mémoire. Elle sentit immédiatement, tel un verrou mental qui se refermait, le sortilège secondaire entrer en vigueur. Une barrière invisible se dressa autour de cette information. Elle savait que si elle tentait de la formuler, même sous la torture, il y aurait un prix à payer.

Il fallait se préparer à partir vite. Amaya avait deux joux avant que la lune ne soit dans cette phase. Elle devrait rejoindre le lieu de rendez-vous à cette date. Heureusement, elle avait déjà fait savoir à l'aubergiste qu'elle ne souhaitait pas être dérangée. Par prudence, elle poserait un leurre.

Elle sortit de son paquetage une boîte en métal dans laquelle était posée une petite poupée en métal. Une mèche de cheveux posée à l'intérieur et un code suffisaient à l'activer. La poupée prenait alors la taille et l'apparence de celui qui l'avait programmée. Il y avait désormais deux Amaya au milieu de la chambre.

Son double se dirigea vers le lit pour se coucher sous le regard amusé et un peu envieux d'Amaya. Elle aurait préféré envoyer son leurre au rendez-vous, mais le Duc n'appréciait guère ce genre de farce. Le golem pourrait répondre à des questions simples et déclencher une alarme au besoin. On pourrait voir son ombre depuis l'extérieur, et même en jetant un œil, l'illusion était saisissante.

Une fois le leurre mit en place, Amaya prit l'essentiel et s'éclipsa sans un bruit par la fenêtre. Se fondant dans l'obscurité, aidée par les rafales de vents, elle referma prudemment la fenêtre et disparut.

C'était le moment d'une nouvelle mission.

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