Home » Suspens  »  Nouvelle : Courons sous la pluie
Nouvelle : Courons sous la pluie
Dans les rues sombres d'une ville qui ne dort jamais, une jeune femme, Clara, sent un regard insistant sur elle.

Avertissements

Cette nouvelle est à classer dans la catégorie Suspens mais le contenu a été laissé volontairement non explicite. Nous espérons que vous apprécierez.

Ca commence comme ça

Les néons de la rue mouillée par une pluie fine donnaient à la ville l'apparence d'une toile inachevée, aux contours flous et aux couleurs délavées. A près de 23h certaines zones étaient encore animées tandis que d'autres coins de la ville étaient plongés dans la torpeur.

Clara ne faisait pas attention aux voitures et aux motos qui glissaient sur l'asphalte, ni aux quelques passants qui se hâtaient de rentrer chez eux. Son attention était ailleurs, fixée sur l'ombre qui se déplaçait à l'arrière-plan, quelques mètres derrière elle.

Au début, elle l'avait prise pour une coïncidence. Un homme rentrant chez lui au même moment, dans la même direction. Après tout, ce n'était pas une zone résidentielle. La plupart des passants venaient de fermer des échoppes tardives ou rentraient d'une soirée. Le froid lui avait fait resserrer les pans de son veste sur son torse.

A mesure qu'elle avançait, elle vérifiait les taxis mais ils étaient tous pleins. La zone était de plus en plus déserte, et lui faudrait se rendre dans un point de passage pour trouver facilement un benskin*.

C'est comme ça qu'elle s'en rendit compte. Les pas de cet homme, d'abord discrets, avaient commencé à faire écho aux siens. Il marchait à son rythme.

On peut être naïf mais pas à ce point. Il n'avait pas arrêté de la suivre, or contrairement à elle, il aurait facilement pu prendre une moto en bâché**. Elle préférait éviter en soirée et tant qu'elle avait le choix elle ne prenait qu'une seule place.

Clara inspira profondément, les yeux rivés vers la route pour ne pas trop accélérer le pas.

Mais ce fut comme déclic et le jeu du chat et de la souris s'intensifia. Ce qui avait commencé par une promenade nerveuse devint une course frénétique. Elle n'avait pas un fort gabarit mais elle ne portait pas les chaussures adéquates, sans parler du sol mouillé et de l'obscurité.

A en perdre haleine

Le son de ses propres talons claquant sur le trottoir se mêlait au battement de son cœur qui tambourinait à ses tempes. Elle tourna à droite dans une ruelle, puis à gauche, les yeux fixés sur un point de fuite.

Une silhouette se détacha alors dans l'obscurité, le corps de l'homme, long et mince, se précipitant après elle. Il avait su anticiper sa fuite et lui barrait le chemin. L'adrénaline la submergea, la peur lui noua la gorge.

C'est là qu'elle la vit : une vieille bâtisse abandonnée, ses fenêtres brisées comme des yeux éteints, sa porte en bois gondolé entrouverte. Elle la connaissait bien puisque c'était une zone familière. Elle savait qu'elle s'y trouverait en sécurité.

Heureusement, ses talons étaient plus courts que ceux qu'elle avait l'habitude de porter.

Arrivée à l'entrée elle laissa tomber son sac pour ne pas être gênée. Elle s'engouffra dans le bâtiment, son corps se glissant entre les barricades. Le silence de la maison l'accueillit, un silence pesant et froid qui contrastait avec le chaos de la rue.

Elle se cacha dans l'ombre d'un escalier qui ne menait nulle part. Ses poumons brûlaient, sa respiration rauque remplissait l'espace. Elle entendit ses pas, lents et délibérés, résonner sur le parquet humide. Il savait qu'elle était là. Le jeu était terminé.

Fin de partie

L'homme était essoufflé et visant en colère d'avoir couru. Plutôt un mélange entre excitation et colère. Il la trouva légèrement accroupie près de l'escalier en partie détruit par les intempéries. Elle était trempée, le regard levé vers lui. Depuis le temps qu'il l'observait rentrer chez elle chaque soir, il était tellement près maintenant.

Il tendit la main l'attraper, en la tirant de sous l'escalier. Il la souleva par la taille, son corps musclé pressant le sien contre le mur. Il cherchait des yeux son regard effrayé. Mais son expression avait changé.

Les néons à l'extérieur éclairait la pièce. Il pouvait voir le visage de Clara dont la peur avait été remplacée par un air étrange d'euphorie et de satisfaction. Il la tenait encore dans ses bras quand il sentit une vive douleur à la joue gauche.

La douleur le fit jurer et il relâcha son emprise. Elle se dressa vers lui et éclata de rire. Un rire cristallin, teinté de malice, qui résonna dans la pièce. L'homme fut interloqué, son regard perdu dans le sien. Il leva la main vers elle pour la stopper, la punir. C'est à cet instant précis qu'un coup sourd se fit entendre derrière lui, et il s'effondra comme un sac.

Derrière lui se tenait un autre homme, mince, vêtu de noir pour passer inaperçu. Il enjamba le corps du poursuivant et se dirigea vers Clara pour l'enlacer.

"Ma petite gazelle a encore fait des merveilles" dit le nouveau venu, un sourire éclatant sur le visage.

Alex, son partenaire, son associé, son complice de longue date.

"Regarde Alex. C'est un bon spécimen, hein ?" demanda-t-elle, un clin d'œil enjôleur dans ses yeux. "J'ai fait mieux que toi. Sérieux ta dernière fille là c'était du n'importe quoi. On ne s'est pas amusés".

Alex hocha la tête, ses lèvres toujours courbées en un sourire victorieux. "Je me rattraperai la prochaine fois."

Ensemble, ils traînèrent joyeusement le corps inerte de l'homme vers l'arrière de la maison où était garée la voiture, laissant derrière eux la promesse d'une nuit qui n'appartenait qu'à eux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top